La grippe aviaire et les oiseaux sauvages en Suisse
Connaissances au 29 juin 2007
1. Hystérie ou risque réel de pandémie ?
Le virus H5N1 s’est largement répandu depuis début 2005 et a atteint la Suisse en février 2006. Pour les volailles et oiseaux aquatiques domestiques, comme pour les oiseaux aquatiques sauvages, le virus est très contagieux. Mais, celui-ci restant difficilement transmissible à l'homme, il n'y a aucune raison de s'inquiéter outre mesure ou de céder à la panique. Seules quelques personnes, toutes en contact étroit avec des volailles domestiques infectées, ont jusqu’à présent été contaminées dans le monde. La contamination d'un être humain par un oiseau sauvage n'a encore jamais été observée dans le monde. Si l'on respecte quelques règles d'hygiène usuelle et les conseils indiqués ci-dessous, le risque d'être infecté par des oiseaux sauvages est pratiquement inexistant.
Les éleveurs qui sont en contact étroit avec les oiseaux doivent prendre des mesures de prudence particulières.
Les pays se préparent à l'éventualité de l'apparition d'une pandémie (vague massive de grippe chez l'homme). Ceci en raison des possibilités de mutation et d’adaptation particuliers aux virus de la grippe. Une mutation des souches virales permettant la transmission de l’homme à l’homme pourrait représenter – comme c’est le cas pour d’autres maladies virales – un danger sérieux. Mais rien ne laisse supposer que cela sera un jour le cas.
2. Qu’est-ce que la grippe aviaire et où sévit-elle actuellement ?
La grippe aviaire, également appelée peste aviaire, est une maladie animale. Elle a été décrite pour la première fois en 1878 en Italie. Plusieurs souches virales sont en circulation, peu ou hautement contagieuses. Le virus de la grippe aviaire peut provoquer chez les poules, dindes, oies, canards et oiseaux d’eau sauvages (rarement aussi chez d’autres espèces d’oiseaux) une épidémie mortelle. La dernière apparition de la grippe aviaire en Suisse remonte à 1930.
Le sous-type H5N1, qui se propage actuellement et se révèle très pathogène chez certaines espèces d'oiseaux, peut également représenter un danger pour l’homme. Apparu en 1997 à Hongkong, il s’est répandu lentement dans le Sud-Est asiatique. C'est en 2003 que l’épidémie actuelle a éclaté en Corée du Sud. Dès 2005, le virus s'est étendu à la Chine occidentale et au Kazakhstan, jusqu’à l’Oural, et s'est ainsi nettement rapproché de l'Europe.
Depuis octobre 2005, le virus s'est étendu à l'Europe. Le virus a été observé pour la première fois en Suisse le 26 février 2006. Il a été confirmé depuis dans plusieurs cas. Vous trouverez une liste complète des pays touchés par l'épizootie sur www.bag.admin.ch/influenza/01119/index.html?lang=fr
Bien que la grippe aviaire soit une maladie animale, elle peut se transmettre occasionnellement à l'homme. Jusqu'à présent, 186 personnes sont décédées dans le monde de cette maladie (état au 25.5.2007). Toutes étaient en contact étroit avec des volailles domestiques.
3. Quels sont les effets de la grippe aviaire sur les oiseaux et quelles espèces sont concernées ?
De nombreuses souches du virus de la grippe aviaire circulent parmi les oiseaux sauvages. La plupart d'entre elles sont moins agressives que le H5N1 et les oiseaux les supportent généralement bien. Le H5N1 semble être plus ou moins contagieux selon les espèces. Il est particulièrement agressif pour les poules domestiques. Les poulets infectés souffrent de fièvre, de troubles respiratoires et de diarrhée. Pratiquement 100 % des volailles contaminées meurent au bout de quelques jours.
Le développement de la maladie est moins bien connu chez les oiseaux sauvages. On ne sait pas en particulier si l'issue est toujours mortelle et au bout de combien de jours les oiseaux meurent de l'infection. Les observations actuelles laissent penser que ceux-ci meurent eux aussi rapidement de l'infection par le H5N1.
Jusqu'à présent, le H5N1 a été trouvé essentiellement chez des oiseaux d'eau (canards, oies, cygnes) et, dans quelques cas, chez d’autres espèces qui s'étaient nourris d'oiseaux morts infectés (rapaces, corneilles, mouettes et goélands). Des essais en laboratoire ont montré que d'autres espèces pouvaient être infectées, dont les passereaux. Mais, de par leur mode de vie, ceux-ci entrent bien plus difficilement en contact avec des oiseaux infectés. C'est probablement la raison pour laquelle le virus H5N1 n'a encore jamais été observé chez des passereaux en liberté.
4. Quels sont les conséquences de la grippe aviaire pour les humains ?
307 personnes ont été contaminées à ce jour par le virus H5N1 dans le monde, dont 186 sont mortes dans les pays suivants : Azerbaïdjan, Cambodge, Chine, Egypte, Indonésie, Iraq, Laos, Nigéria, Thaïlande, Turquie et Vietnam (état au 25.5.2007). Le risque de contamination est faible pour les humains (selon les estimations, 200-300 millions de poulets sont morts du virus ou ont été éliminés suite à la contamination). Toutes les personnes contaminées étaient en contact étroit et répété avec des volailles domestiques. Une transmission d'homme à homme dans une famille indonésienne ne peut pas être exclu. Il n'y a pour l'heure aucun cas connu dans le monde de contamination par un oiseau sauvage.
5. Comment le virus se propage-t-il ?
Entre oiseaux, le virus est transmis par les liquides organiques et les fientes. Il se transmet très facilement par contact direct ou via un environnement contaminé (par exemple litière, outils, vêtements, etc...).
Le virus peut se transmettre de l’oiseau à l’homme seulement par un contact direct et intensif. La contamination d'homme à homme est à l’heure actuelle extrêmement rare (voir chap. 6).
L'extension actuelle de l'épizootie est essentiellement due aux transports d'oiseaux et aux exportations et importations (illégales) d'oiseaux ou de leurs produits, localement aussi aux oiseaux migrateurs. Le virus peut également être importé par les touristes, p. ex. sur des souvenirs ramenés d’Asie.
Si la température extérieure est de 20° C, la survie du virus à l'extérieur du corps est au maximum d'un jour. Lorsque les températures sont plus fraîches, la survie peut aller au maximum jusqu’à 5 semaines.
6. Quelles sont les possibilités de transmission entre humains ?
A ce jour, très peu de personnes dans le monde pourraient avoir été contaminées par une voie être humain à être humain. En mai 2006, une hypothétique transmission de la maladie d'homme à homme dans une famille indonésienne ne peut pas être exclue. L'Organisation Mondiale de la Santé OMS ne voit actuellement aucun signe de mutation du virus qui pourrait conduire à une contamination facilitée d'homme à homme.
7. Existe-t-il des vaccins ou des médicaments ?
Un nouveau vaccin prépandémique pour l'homme est en cours de développement. En cas de pandémie, un autre vaccin plus efficace devrait probablement être développé.
Il existe par ailleurs un médicament capable de diminuer les symptômes de la grippe et d’empêcher la prolifération du virus à l’intérieur du corps. Il s’agit du Tamiflu®, fabriqué par Roche. De nombreux pays, dont la Suisse, ont commandé le médicament en grande quantité. A l’heure actuelle, il est toutefois impossible de dire quelle sera l’efficacité du Tamiflu® en cas de pandémie de grippe aviaire. L'administration fédérale et de nombreux experts recommandent de ne pas acheter ce médicament pour l'heure.
Un vaccin a également été mis au point pour les oiseaux. Celui-ci est déjà utilisé dans plusieurs pays, dont la Chine. En Suisse, un vaccin a été testé dans plusieurs zoos.
8. Quel danger représentent les oiseaux migrateurs ?
Les canards, les cygnes ou les oies, plus rarement d'autres espèces, peuvent être porteurs du virus et le propager du moins sur de courtes distances. Les experts sont en pleine discussion pour déterminer l’importance du rôle des oiseaux migrateurs dans la dissémination sur de grandes distances du virus de la grippe aviaire. A côté du transport de volaille et d’une gestion insouciante des fientes et des déchets, la migration des oiseaux n’a probablement qu’un rôle mineur pour les raisons suivantes :
- Le virus H5N1 s'est généralement répandu sans suivre les voies de migration des oiseaux sauvages et sans corrélation avec les périodes de migration. En réalité, le développement de l'épizootie a surtout suivi les voies d'échanges commerciaux dans ces pays
- Dans la plupart des cas de contamination d'élevages de volailles, on a pu prouver que le virus avait été introduit avec des volailles ou de la nourriture contaminée
- L’arrivée du virus en Europe est difficilement explicable par la migration des oiseaux. La transmission locale de lac en lac a, part la suite, pu se faire par des oiseaux sauvages
- Des milliers d'oiseaux ont été analysés le long des voies de migration et, curieusement, seule une part infime d'entre eux étaient porteurs du H5N1
- une seule hécatombe s’est produite parmi les oiseaux sauvages. Dans les autres cas, le virus n’a concerné que des individus isolés.
Le risque de se contaminer au contact d'un oiseau sauvage est à considérer comme extrêmement faible. On ne connaît actuellement aucun cas de contamination dans le monde d’un humain par un oiseau sauvage. De plus, la très grande majorité des êtres humains n'entrent jamais en contact étroit avec les oiseaux d’eau, ce qui serait une condition préalable pour une contamination.
Pour les raisons citées ci-dessus, et puisque le H5N1 n’a été trouvé en Europe que chez peu d’oiseaux sauvages, ces derniers représentent à l’heure actuelle qu’une très faible menace pour les élevages de volailles.
9. Quelles mesures ont été prises jusqu’à présent en Suisse ?
Transports d’animaux La Suisse a gelé les importations d’oiseaux et de leurs produits (plumes, œufs, viande) en provenance des pays touchés. Les contrôles ont été renforcés dans les aéroports dès le 1er octobre 2005 pour limiter la contrebande. Les transports de volaille à proximité d'un site où un oiseau infecté a été trouvé sont fortement restreints.
Suivi des populations d'oiseaux sauvages et des élevages de volailles
Depuis septembre 2005, l'Office vétérinaire fédéral a démarré un programme de surveillance de la grippe aviaire, en collaboration avec la Station ornithologique suisse. Des oiseaux sont capturés à différents endroits (par ex. Lac de Constance, Bolle di Magadino, Lac de Sempach, stations de baguement des oiseaux migrateurs) et analysé. Les élevages situés à proximité de sites de découverte d'oiseaux infectés seront suivi tout particulièrement. Dès le printemps 2006, l'Office vétérinaire fédéral a lancé un programme de surveillance à long terme des volailles en Suisse.
Campagne d'information / mesures de confinement
L’Office vétérinaire fédéral a lancé une campagne d’information destinée aux éleveurs de volailles. De plus, la Confédération a édicté dans un but préventif une mesure de confinement des volailles et autres oiseaux domestiques, pour éviter que ceux-ci entrent en contact avec des oiseaux sauvages.
Mesures préventives pour l'homme
La Suisse constitue actuellement une importante réserve de Tamiflu® (médicament contre la grippe) et d’un vaccin prépandémique (voir chap. 7).
10. Quelles autres mesures pourrait prendre la Suisse ?
L’abattage des oiseaux sauvages ne servirait à rien (même en cas de pandémie), parce qu’il n’empêcherait ni la migration ni l’extension de l’épidémie et parce que les oiseaux sauvages ne constituent pas un danger direct pour l’homme. La chasse aux oiseaux serait totalement contre-productive, puisqu’elle constituerait le premier contact réel entre l’homme et les oiseaux (si p. ex. les oiseaux abattus ne sont pas tous retrouvés et restent sur place) et qu’elle contribuerait à un dissémination supplémentaire des oiseaux (malades).
11. Que peut faire tout un chacun pour ne pas être contaminé et/ou ne pas transmettre le virus ?
Voyages
L’Office fédéral de la santé publique ne déconseille pas de se rendre dans les pays touchés, mais recommande d’éviter le contact avec les poulets et les oiseaux d’eau, morts ou vivants, et de ne fréquenter ni les élevages ni les marchés de volailles. Il est conseillé de se laver régulièrement les mains et de ne manger que des aliments bien cuits. L’importation en Suisse d’oiseaux (y compris ornementaux) ou de leurs produits (plumes, viande, œufs) en provenance des pays touchés est interdite.
Viande, produits issus des volailles ou des oiseaux
Jusqu'à présent, probablement personne n'a été contaminé dans le monde par la consommation de produits issus des volailles. La consommation de volaille bien cuite n’est pas dangereuse, le virus étant rapidement détruit par la chaleur (mais attention: pas par la congélation). En Suisse, les oeufs et la viande de volaille sont parfaitement sûrs. Les œufs frais peuvent également être consommés crus.
Oiseaux morts
Les oiseaux morts ne devraient de manière générale pas être manipulés. Une augmentation anormale de la mortalité chez les oiseaux (en particulier les oiseaux d'eau) devrait être signalée aux services vétérinaires cantonaux ou à la police.
Oiseaux blessés ou malades
Les oiseaux d’eau blessés ou malades ne devraient plus être apportés aux stations de soin, mais vous pouvez continuer à le faire pour les autres espèces (p. ex. les passereaux). Ne touchez pas les oiseaux avec vos mains, mais utilisez des gants en plastique et conformez-vous aux mesures d'hygiène usuelles. Signalez les accumulations d’oiseaux d’eau malades ou morts au vétérinaire cantonal.
Fientes
Evitez le contact avec les fientes d’oiseaux, même si le risque de contamination est faible. Veillez à ne pas inhaler la poussière des fientes sèches. Nettoyez les fientes avec beaucoup d’eau et de savon (le savon ne devrait toutefois pas s’écouler dans l’environnement). Portez des gants en plastique pour les nettoyages et, à la fin, lavez-vous bien les mains. En cas de contact avec des fientes d'oiseaux, lavez soigneusement la partie corporelle touchée. Les habits salis peuvent être lavés normalement en machine.
Chats
Les chats peuvent être laissés en liberté comme à l'habitude. La chance qu'ils entrent en contact avec un oiseau contaminé est très faible chez nous et de plus, aucune personne n'a jusqu'à présent été contaminée par un chat infecté. Les chats causent en revanche de gros dégâts parmi les oiseaux et il conviendrait de prendre des mesures pour diminuer leur impact. Plus d'info sur notre fiche technique.
Baignade
La baignade dans les lacs et rivières est sans danger.
Nourrissage des oiseaux
A titre préventif, on devrait renoncer au nourrissage des oiseaux d'eau et éviter tout contact direct avec eux, même s'il n'a jamais été observé de contamination d'un être humain par un oiseau sauvage. De même, on devrait limiter le nourrissage des passereaux aux seules périodes de neige abondante. Dans ce cas, respecter les mesures d'hygiène recommandées par l'Office vétérinaire fédéral que vous trouverez également dans notre fiche d’information sur le nourrissage hivernal. Ne mangez et ne buvez pas à proximité d’oiseaux.
Nichoirs / nids d'hirondelles
Comme le virus de la grippe aviaire n'a jamais été observé chez les passereaux en Europe, il n'y a probablement aucun risque à nettoyer les nichoirs comme à l'habitude. Suivez simplement les recommandations d'hygiène usuelles et nettoyez les surfaces avec beaucoup d’eau pour éviter la formation de poussière (voir paragraphe «Fientes»). Il n'y a aucune justification non plus à la destruction de nids existants, comme ceux des hirondelles.
Baguement d'oiseaux
Les personnes en contact régulier avec les oiseaux sauvages (comme par exemple les bagueurs) sont invitées à se conformer aux directives édictées par la Station ornithologique suisse à Sempach.
En conclusion
- L'interdiction des importations de volailles et de leurs produits (viande, plumes, œufs) provenant des pays touchés doit être maintenue. Dans notre pays, la viande de volaille et les œufs peuvent être consommés sans danger.
- Le transport et le commerce d’animaux doivent être limités si nécessaire – l’important étant surtout de lutter contre le trafic illégal de volailles.
- Les élevages de volailles doivent être préservés de la contamination. Pour ce faire, l'important est surtout de respecter les mesures d'hygiène et d'éviter l'introduction du virus via des volailles, des oeufs, des poussins ou de la nourriture contaminée. Lors du confinement temporaire de la volaille, il faut veiller à une détention conforme aux besoins de l’espèce.
- Il est inutile de décimer les oiseaux sauvages, parce que l’extension de l’épidémie ne peut en aucun cas être enrayée par ce biais, parce que les oiseaux sauvages ne représentent aucun danger pour l’homme et parce que les élevages de volailles peuvent tout à fait être protégés de leur contact.
- La chasse aux oiseaux d’eau n’apporterait aucune contribution à la réduction du danger d’épidémie, parce qu’une chasse intensifiée signifierait aussi l’intensification de la propagation et parce que le contact homme-oiseau lors du ramassage constituerait un danger de contamination supplémentaire.
- Des mesures excessives, comme la destruction de nids d'hirondelles sont à proscrire. Ces destructions sont de plus généralement illégales, lorsqu'il s'agit d'espèces protégées. Dans les écuries, les mesures d’hygiène habituelles (éviter la souillure des aliments par les fientes) sont suffisantes.
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